Bookmark and Share
<:site de l'Ursden CGT NICE:>

Tribune libre. Rased... Leur rôle et leurs missions

dimanche 11 mars 2012.
 

Tribune libre

RASED...  leur rôle et leurs missions...

Les suppressions de postes dans le premier degré, cette année, ont indéniablement pour victime principale l’édifice déjà mal en point, des réseaux d’aide. Pourtant, nous aurions tort de croire que cette destruction, ne réponde qu’à des buts comptables.
Derrière tout ce processus, il y a, comme pour toutes les suppressions de postes depuis des années, une volonté politique nette : changer la nature de l’éducation nationale, la réduire à une peau de chagrin.

La mise à mal des RASED se rattache à toute l’offensive menée depuis plus de dix ans par ce ministère après les précédents, visant à détacher l’institution Ecole, les dirigeants de l’éducation nationale, ceux qui pensent son fonctionnement et votent son budget, de toute responsabilité en matière d’échec scolaire, et, pour cela, de fabriquer une "psychologisation" puis une "médicalisation" de cet échec.
Depuis que l’Ecole que nous connaissons existe, elle est une machine à reproduire les inégalités. L’échec scolaire est un phénomène social, qui touche en premier lieu les enfants des milieux populaires. Ces enfants ne possèdent pas de gène de la difficulté scolaire, comme semblent le croire les promoteurs et les zélateurs des évaluations TSA (troubles spécifiques de l’apprentissage). Mais ils n’ont pas les moyens culturels dont disposent d’autres élèves pour pallier les manques de l’Ecole ou combattre ses défauts.
Depuis 1995, les statistiques officielles indiquent que l’Ecole, en France, ne se contente plus de reproduire les inégalités sociales, mais les aggrave. C’est une réalité que les différents gouvernements et spécialement celui de Fillon ont décidé de cacher. Sous prétexte donc de s’intéresser à l’échec scolaire, ils en évacuent le sens et les raisons. Voilà pourquoi il vaut mieux un enseignant lambda essayant des recettes au cours de l’aide personnalisée que des collègues formés à la psychologie enfantine.
Aussi avons-nous vécu un double mouvement depuis une ou deux décennies. Il a d’abord fallu brouiller les repères. Aujourd’hui, pour le commun des mortels, le RASED est le dernier rempart contre l’échec scolaire, les gens qui peuvent essayer quelque chose avec un élève quand le maître ne peut décidément plus l’aider à progresser. En réalité, le RASED n’est pas un dispositif visant à combattre la difficulté scolaire, mais la difficulté tout court. La difficulté en question peut être d’ordre psychologique, une difficulté à supporter l’école, des problèmes familiaux ; elle peut donc tout à fait concerner des élèves qui ne sont pas spécialement en échec dans leur rapport aux savoirs. Changer les missions des collègues des RASED, c’est diminuer leur efficacité, c'est nier leur spécificité. On les transforme en seuls vainqueurs possibles de l’échec scolaire ; et, comme ils ne peuvent gagner, car, au fond, ce n’est pas d’eux que relève cette question, on les décrédibilise au maximum et justifie à l’avance leur suppression totale. On les déménage d’abord des villes hors éducation prioritaire, après avoir persuadé le monde enseignant que leur rôle ne concerne pas la difficulté psychologique de tel ou tel élève, mais l’échec scolaire des élèves en difficultés, donc de milieux populaires. On les déménagera ensuite de ces derniers îlots où ils subsistent parce qu’ils n’auront pas fait la preuve de leur efficacité.
Le rôle de prévention des RASED passe aussi à la trappe. Avant que les autorités de l’éducation nationale n’élargissent à l’infini leur périmètre d’intervention, l'affectation des RASED sur un groupe scolaire permettait à chacun de leurs membres de rencontrer, de côtoyer, d’observer l’ensemble des élèves de maternelle. La  prévention consistait en un ensemble de démarches visant à éviter l’apparition d’une difficulté, son installation ou son amplification. Elle s’exerçait à tout moment de la scolarité et était le fruit d’une collaboration entre les enseignants et les intervenants spécialisés du RASED. Les collègues du RASED, notamment les maîtres G observaient toute une classe d’âge, les maîtres E observaient et intervenaient dans la classe et pouvaient concourir à la recherche d’un ajustement des conditions de l’apprentissage. La prévention n’était en aucun cas un dépistage ni une prédiction.
Aujourd’hui, la reprise en main par les IEN des RASED et la raréfaction des postes encore existants rend totalement impossible cette prévention. Les RASED sont bien moins nombreux qu’avant, et les Rased complets (1 psychologue, 1 option E , 1 option G) se sont raréfiés. Ils ont trop d’élèves en charge pour pouvoir prévenir quoi que ce soit. En outre les IEN les marquent à la culotte et leur dictent des missions qui n’étaient pas les leurs : piloter ou faire passer les diverses évaluations pour les E et prédire le devenir des élèves pour les autres afin de justifier le rejets de certains. De même, le lien avec les familles devient plus lâche, les psychologues et les maîtres G n’ont plus le temps matériel que de voir quelques parents d’élèves, tellement leur secteur d’activité s’est élargi.
Enfin, pour l’Etat et ses dirigeants, il est aussi nécessaire, dans l’entreprise de casse de l’éducation nationale, de former les nouveaux collègues spécialisés, les formater, de telle manière qu’ils acceptent le discours officiel et le véhiculent. Les rares qui ont encore droit à la formation sont nourris, abreuvés au sein des théories comportementalistes, qui permettent à la fois d’expliquer l’échec scolaire comme un mal individuel et de justifier l’apprentissage de la transcription de l’écrit en oral à la place de celui de la lecture (le fameux neurone de la lecture du très en cour neuropsychologue Stanislas Dehaene). En bannissant toute approche psychanalytique, on enterre les missions initiales et profondément utiles des RASED, et au final, on rejette l’échec scolaire sur les enfants, leur famille, et en dernier ressort, les trois derniers du RASED en zone prioritaire, c’est-à-dire les enseignants. Pas plus que les enfants ne sont prédisposés à être des délinquants, ils ne possèdent à l’avance aucun gène de l’échec scolaire.
La casse des réseaux d’aide est donc un processus long et bien entamé, dont la suppression des postes n’est qu’un aspect, fût-il celui qui, aujourd’hui, nous paraît essentiel. Il faut combattre ce processus, mais dans tous ses aspects, en obtenant non seulement le rétablissement des postes, mais aussi celui des missions du RASED, l’aide à la difficulté, quelle qu’elle soit.