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Aube blafarde (Editorial)

dimanche 17 mars 2019.
 
Edito
Dimanche 17 mars
Aube blafarde


Il y a des aubes incompréhensibles, des petits matins de fin fond de vallée qui foutent la trouille.


Mercredi 13 mars, l'aube fait irruption dans les habitations de membres du collectif « Roya citoyenne » qui abritent, soignent, réconfortent des migrants, souvent mineurs. Mais le visage de cette aube-là, ce sont ceux encagoulés de gendarmes en tenue anti-émeutes. Raid contre aides. Raid permis par les nouvelles lois antiterrorisme. Aides assimilées par certains à des délits.

« Mon fils de 5 ans a été réveillé par 9 personnes armées et sous ses yeux terrorisés , elles m’ont entraîné, menottes aux poignets, comme un délinquant, pendant que la maison était perquisitionnée de fond en combles » témoigne l'un des membres du collectif.

Dans quelle aube nous réveillons-nous ? Dans quel pays habitons-nous ?

Mesdames et messieurs, les sentiers de la vallée de la Roya sont dangereux, il faut donc veiller au grain et protéger la population, alors militarisons, cherchons des poux, des preuves de la culpabilité des ces citoyens-nes, comme s'acharne, depuis des mois, ce magistrat niçois. Son obsession est de trouver des personnes à accuser individuellement de «favoriser l’immigration clandestine». J'imagine alors cet homme dans ses aubes à lui, aubes pavloviennes qu'il doit partager avec d'autres sommités départementales. Je les imagine -môssieur le juge et môssieur le préfet- se grattant avec autorité leur occiput républicain, s'échinant à planifier l'agenda d'opérations de police destinées à juguler d'inquiétantes filières...

L'an dernier, le Conseil Constitutionnel s’est prononcé explicitement sur le «devoir de fraternité» et a réaffirmé que le soutien à des personnes déjà présentes sur le sol français est licite même si ces personnes se trouvent en situation d’irrégularité concernant leurs papiers. »
Repoussée, donc, toute hypothèse de «délit de solidarité».

Il y a des aubes où le pouvoir en place et ses exécutants bousculent, intimident, effraient celles et ceux qui spontanément offrent hospitalité et solidarité. Heureusement, il y a aussi des témoignages comme dans le récent rapport «Persona non grata» , dossier détaillé de l’Observatoire sur les Frontières de l’Anafé, où il est question de contrôles discriminatoires, de procédures irrégulières, de violation des droits des demandeurs d’asile, d’expulsions et de refoulements illégitimes, de privations de liberté injustifiées, d’obstacles au droit d’asile, de non-assistance aux mineurs, de vols, de violences avec des suites qui en plusieurs cas ont conduit à des blessures voire des morts.

Messiers les lève-tôt d'une politique répressive, je n'envie vraiment pas vos aubes.
Et il y a et il y aura toujours d'autres aubes bien plus combatives, bien plus dignes.
«Nous ne sommes pas des criminels, ni de dangereux terroristes. Nous ne sommes pas non plus des militants. Seulement des familles qui, si cela se présente, aident et accueillent dans leur propre logement des personnes en difficulté. Ces tentatives d’intimidation ne nous empêcheront pas de continuer à accueillir et aider ceux qui passent chez nous, après avoir, en de nombreux cas, frôlé la mort. L’histoire nous donnera raison, comme elle l’a fait pour tous ceux qui ont relevé la tête contre l’injustice et la barbarie».
Marc Le Roy
Communiqué du collectif « Roya Citoyenne », daté du 14 mars 2019.
Après 24 heures de garde-à-vue, les citoyens-nes arrêtées ont été relâchés-es sans aucun motif d'inculpation.