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Dotation globale et démocratie...

lundi 9 mars 2015.
 

Dotation globales et démocratie

Les dotations globales sont arrivées dans les établissements. Tout le monde le sait. Avant la mise en place des Bac pro trois ans et le détricotage de la fonction publique, cette information relevait de l’anecdotique : les prévisions de moyens correspondaient aux prévisions d’effectifs et à des grilles horaires par discipline. Lorsque la dotation n’y suffisait pas, les proviseurs, d’un élan courageux, allaient chercher les compléments de services pour parfaire et ajuster une répartition après consultation des membres élus au conseil d’administration ou lors de discussions plus informelles.

Depuis la déréglementation et les incantations du libéralisme triomphant, demander des moyens supplémentaires n’est plus une revendication, mais une supplique.

Les grilles horaires sont indicatives. Les dédoublements, hormis pour les sections industrielles, ne sont plus que des préconisations.

Dans ces conditions, et dans un contexte généralisé de pénurie de moyens, comment ne pas aboutir à la mise en oeuvre d’un enseignement low coast ? Et comment éviter une tension croissante pour la répartition de ces moyens entre les enseignants des différents pôles disciplinaires, et entre ces pôles et la direction des établissements ?

On peut penser unanimement que la solution la plus simple et la plus efficace consiste à abonder les dotations en moyens. Après tout, les délégations syndicales ne vont-elles pas rituellement réclamer loyalement à l’institution, et à partir de leur expertise de terrain, ce qu’il convient de faire pour mener une politique ambitieuse pour l’école et digne des valeurs de la République et de leur respect ? Aujourd'hui, de loin en loin, il est difficile de savoir qui nous ment le mieux : celui qui nous dit qu’il faut être patient et que l'actuel gouvernement est conscient de nos besoins, ou celui qui nous dit d’attendre le prochain ? Ce qui prévaut en fait, chacun le sait, c’est que nos moyens ne sont pas indexés sur nos difficultés et sur des missions éducatives, mais bien plutôt sur la dette financière, ou bien plutôt sur son illusion et son instrumentalisation, permettant de justifier des politiques austéritaires sans perspective de changement.

Une fois fait le constat de l’incroyance actuelle en la la capacité d’obtenir collectivement des moyens collectifs, on est parfois enclin à se demander si la vérité est diffamatoire. La peau de chagrin de nos moyens se défiloche et, sans le moindre fard, nous accable de méthodes ad hoc : plutôt des hsa que la création ou le maintien de postes, plutôt la défense corporatiste d’une discipline que l’intérêt de l’ensemble… Ce discours ne s’affiche pas - ou presque -, il est ventriloque. Il s’inscrit dans le prolongement du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, de la baisse du pourvoir d’achat. C’est sa force. S’y opposer, mais selon quelle figure ? Peut-on s’opposer à ce qui ne s’affiche pas ? S'y opposer, c’est subir le verdict de l’ignominie et donc de l’argument ad hominem : « Vous n’êtes pas fréquentables, vos discours sont violents ! » ; « vous n’avez pas systématiquement tort, mais pourquoi le dire ainsi ? », voire « mais pourquoi le dire ? » . Pis : la vérité élémentaire apparait comme un mensonge et une contrefaçon. On « optimise » les ressources humaines à partir d’implicites gestionnaires et comptables, cherchant à bras raccourcis des finalités éducatives et des cohérences de fonctionnement. La nouvelle donne, c’est qu’après presque dix ans de suppressions de postes, il faut ériger l’astuce au rang de dialectique pour établir une structure avec des heures d’enseignement systématiquement diminuées d’une année sur l’autre. Et c’est au nom de cette vérité absolue qu’il faut se soumettre, sans avoir au préalable exprimé ses désaccords, dans le meilleur des cas.

Tout se décide ainsi, démocratiquement.

Mais, on l’a bien compris, l’intérêt de nos lycée est ailleurs.

Pour abonder nos dotations de pénurie, proposons à tous, ou continuons de proposer à tous, de réfléchir et d’agir collectivement !

Philippe Blais, Lycée des Coteaux de Cannes.