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Le rapport sur l’enseignement de la grammaire.

Un point de vue d’instit.
mercredi 6 décembre 2006.
 

Le ministère vient de publier le rapport sur l’enseignement de la grammaire, dirigé par Alain Bentolila.

Comme pour l’apprentissage de la lecture, ce rapport est teinté de nostalgie du bon vieux temps, et de propos du café du commerce. Comme lui, il risque de servir de base à une attaque en règle du système éducatif et surtout des enseignants.

Le seul intérêt de ce rapport est politique, il permet encore une fois de se plaindre des méthodes modernes et d’exalter le bon vieux temps.

« Comme le français fait bien les choses » annonce M.Bentolila dès la page 2. Cette expression sonne bizarrement datée de l’époque où l’on débattait pour savoir quelle était la meilleure des langues (XV° siècle me semble t-il). Sans doute se laisse t-il emporter par son amour de « la grammaire de vérité »

D’ailleurs, nous devons apprendre à nos enfants que Lorsqu’ils témoignent, ils prennent le risque d’être convaincus de mensonge ; lorsqu’ils donnent leur opinion, ils s’exposent à être contredits par une opinion opposée ; mais lorsqu’ils osent utiliser la grammaire de vérité, ils engagent bien autrement leur propre responsabilité. Ils s’inscrivent alors dans la volonté collective de donner sens au désordre et au tumulte du monde. Galvauder cette responsabilité individuelle, accepter que d’autres la galvaudent ne saurait être anodin.

Moi qui croyais tout bêtement que la langue était un outil de pouvoir, et qu’en donner la maîtrise aux élèves c’était leur permettre de s’émanciper dans la société, je ne dois pas porter les mêmes lunettes que ce monsieur.

Dès la fin de la première partie d’un lyrisme débridé, on passe aux choses sérieuses : « L’enseignement de la grammaire a connu les mêmes dérives que celui de la lecture : le renoncement à respecter une progression rigoureuse dans l’espoir illusoire de faire de la rencontre des textes le déclencheur de l’observation et de l’analyse des mécanismes de la langue. » C’est sûr ma brave dame, c’était mieux avant... y’en a un peu plus, j’vous l’met quand même ? « on a sacrifié inconsidérément la progression rigoureuse, seule garante d’un apprentissage efficace, en abandonnant l’articulation logique de l’apprentissage au profit de la rencontre aléatoire de textes. »

La charge continue en entretenant systématiquement la confusion entre le fait d’utiliser des textes pour enseigner la grammaire et un saupoudrage grammatical à l’occasion de lectures et en pointant le manque de cohérence des enseignements

Mais le principal reproche fait aux enseignants est qu’ « On a condamné les parents et les grands-parents à ne plus pouvoir suivre l’apprentissage de leurs enfants et petits-enfants en grammaire » Dans la droite ligne des discours sur l’apprentissage de la lecture notre ministre rêve d’une école au service des parents, lesquels auraient le droit de nous contrôler et de nous sanctionner au gré de leurs fantaisie et des modes du moment. Il n’est qu’à voir la dernière campagne de SOS Éducation qui organise un référendum national pour mettre fin à la faillite de l’Education Nationale.

Mais où est l’intérêt que les parents comprennent ou pas ce que nous enseignons ? Organiser notre travail dans ce sens reviendrait à mettre l’école au service de ceux qui peuvent se permettre de suivre ou de faire suivre leurs enfants à la maison, remettant ainsi en cause le projet d’une école pour tous.

Allons plus loin, après la lecture, la grammaire et demain les maths, devrons nous aussi nous conformer aux désirs des parents pour enseigner d’autres matières. Et pourquoi pas comme aux USA enseigner à part égale les fadaises religieuses créationnistes et l’évolution des espèces ?

Nous n’en sommes pas encore là, mais ce qu’annonce cette suite de texte, c’est une école marchandisée qui ne serait plus sous le contrôle d’un gouvernement, mais sous celui des consommateurs. Une école dont le projet ne serait plus l’éducation pour tous, mais la réussite pour ceux qui en ont déjà les moyens.

Consommateurs les parents qui savent ce qui est bon pour leurs enfants.

Consommateurs les entreprises qui dicteront à l’école ce qui est bon pour ses futurs employés.